Bonjour à toutes et à tous,

  

Le numéro de juillet 2018 des AAT portait sur le travail avec les enfants ; la thématique est reconduite pour le numéro d’octobre, sous un angle un peu différent. Nous nous intéressons aux bébés, aux ados, aux parents… Et avant bébé ? Patrick Bailleau a rédigé un texte d’appel à contribution sur le thème de la gestation pour autrui : comment l’analyse transactionnelle vous aide-t-elle (ou pas) à réfléchir aux situations que vous pouvez rencontrer dans votre pratique professionnelle ?  

Vos réponses sont attendues avant le 5 août 2018 dernier délai.

Quelques rappels :

Merci de l’envoyer sous forme de fichier Word ou Open office, à l’adresse mail aatcomitelecture@gmail.com, en précisant en fin de votre texte vos nom, prénom, profession, lieu de résidence et, s’il y a lieu, votre qualification AT (en contrat, CTA, PTSTA, TSTA, ainsi que le champ).

Le Comité de Rédaction vous rappelle les règles éditoriales qu’il s’est fixées pour ce FORUM:

  • Les contributions doivent rester à l¹intérieur du sujet du Forum. 
  • Les contributions doivent se conformer aux principes éthiques définis par les institutions d¹AT (IFAT, EATA, etc.).
  •  Les contributions doivent se limiter à 5000 caractères espaces compris.
  •  Le Comité de Rédaction se réserve la possibilité de choisir entre les textes proposés, en fonction des contraintes éditoriales.

 

Le comité de Rédaction

 


FORUM

Quelles questions pose la GPA aux analystes transactionnels ?

La gestation pour autrui (GPA) s’est invitée bruyamment dans le débat initié par le Comité Consultatif National d’Éthique pour les sciences de la vie et de la santé (CCNE)[1]. Et les opinions extrêmes se sont souvent exprimées de façon brutale. Deux exemples : A la mi-avril de cette année, Alliance Vita a ouvert, dans le 2ème arrondissement de Paris, une boutique éphémère avec en vitrine des baigneurs en celluloïd pourvus de codes-barres ; la devanture proclamait : « Achat, Location, Ventre. »[2]. Dans les colonnes d’un grand quotidien du soir, à la même époque, la philosophe Élisabeth Badinter affirmait de son côté : « Les enfants nés dans ces conditions, nous le savons par des études américaines, ne sont pas plus que les autres un gibier pour psy. » [3]

Pourquoi tant d’excès ? Après tout, la GPA n’est pas une pratique nouvelle. « Dix ans après qu’Abram se fut établi dans le pays de Canaan ; Saraï, sa femme prit Hagar, sa servante égyptienne, pour la donner comme femme à Abram son mari. Il alla vers Hagar qui devint enceinte. [4]» Et comme le fait remarquer l’ethnologue Françoise Héritier : « Tous les ersatz de la procréation naturelle que nous découvrons aujourd’hui ont – ou ont eu – peu ou prou des répondants institutionnels dans diverses sociétés historiques ou actuelles.[5] » De fait, ce qui se passait autrefois à une échelle modeste dans l’ombre d’une fratrie, d’une famille ou dans le cadre des règles d’un clan devient aujourd’hui avec la fécondation in vitro (FIV) un acte médical qui ne connaît pas de frontières.

Quel acte médical ? Il n’y a pas une, mais trois GPA qui peuvent chacune poser des questions spécifiques :

  • Une GPA par insémination des ovocytes de la mère de substitution et le sperme du père d’intention.
  • Une GPA par une gestatrice qui porte un embryon conçu in vitro par les parents du futur bébé.
  • Une GPA enfin impliquant 3 personnes : une donneuse d’ovocytes, une mère gestatrice et un père d’intention qui donne son sperme.

Comme le soulignent la psychanalyste Geneviève Delaisi de Parseval et l’anthropologue Chantal Collard : « La parenté sociale, l’intentionnalité et la construction de toute parenté se trouvent [donc] fortement réaffirmées dans la GPA…Elle est aussi très présente dans l’adoption, à cette différence près que, dans ce dernier cas, on ne peut créer un enfant pour satisfaire un projet parental ; alors que, dans la GPA, c’est parfaitement réalisable. [6]»

Nos schémas habituels en matière de parenté, de filiation, d’hérédité, de liens transgénérationnels sont chamboulés, d’où les questions que nous posons aujourd’hui :

  • Quels sont les enjeux de la GPA pour notre pratique ?
  • Quelles conséquences (positives ou négatives) avez-vous constaté dans votre pratique ?
  • Quels témoignages pouvez-vous nous apporter sur la gestatrice ? Les enfants de celle-ci ? La donneuse d’ovocytes ? Les parents d’intention ? L’enfant né par GPA ? La fratrie de ce dernier ?
  • Quels concepts de l’AT selon vous nous permettent de répondre aux questions soulevées par la GPA ?
  • Pensez-vous que la GPA nous questionne sur notre éthique ?

Ce ne sont que quelques-unes des questions qui se posent aujourd’hui à nous analystes transactionnels. Il y en a bien d’autres. Il s’agit d’en débattre dans notre revue professionnelle à la veille de la révision de l’actuelle loi sur la bioéthique. Elle date de 1994. Elle a été révisée en 2004. Elle fera l’objet d’un nouvel examen à la fin de l’année en principe.

Il est vraisemblable que nous ne serons pas fréquemment confrontés dans nos cabinets avec les questions que soulève la GPA. Alors pourquoi se questionner à ce sujet ? Françoise Héritier, à mon sens, donne à nouveau la réponse : « L’action est possible parce que le réel n’est pas entièrement déterminé, certes, mais aussi parce qu’aucun système de représentation n’est clos totalement sur lui-même. Tous présentent des béances, des failles, et négocient au coup par coup avec le réel. Aucun ne va jusqu’au bout de sa logique ; tous supportent des exceptions. Ce sont ces béances, ces ouvertures, qui, si nous savons le voir, permettront d’engager des actions réfléchies. [7] »

 

Le Forum vous ouvre ses colonnes.

 

Patrick Bailleau

Caniac du Causse

France

 

 

[1] CCNE, avis n°110, « Problèmes éthiques soulevés par la gestation pour autrui (GPA) », http://www.ccne-ethique.fr/sites/default/files/publications/avis_110.pdf.

[2] http://www.bfmtv.com/societe/poupons-a-vendre-a-paris-une-boutique-ephemere-anti-gpa-fait-scandale-dans-le-2e-arrondissement-1423337.html

[3] Le Monde du 13 avril 2018.

[4] « La Bible », Ancien Testament 1, Genèse 16, p.21, Traduction œcuménique de la Bible, Le livre de Poche, Paris, octobre 2015.

[5] Françoise Héritier, « Masculin, Féminin 1 ; La pensée de la différence », p.279, Collection « Essais », Éditions Odile Jacob (Poches), Paris, décembre 2017.

[6] Geneviève Delaisi de Parseval et Chantal Collard, « La gestation pour autrui », revue « L’Homme », n°183, 2007, pp.29-53.

[7] Françoise Héritier, « Masculin, Féminin 1 ; La pensée de la différence », p.12, Collection « Essais », Éditions Odile Jacob (Poches), Paris, décembre 2017.

APPEL À FORUM AAT « Quelles questions pose la GPA aux analystes transactionnels ? »

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